Mais derrière les affiches et les hashtags, il y a une réalité que notre génération connait mieux que personne : les jeunes vont mal parce que la société va mal. Et ce malaise, nous le voyons de l’intérieur.

Au MJS, une partie de nos membres étudient ou travaillent dans le social, que ce soit en tant qu’assistants sociaux, éducateurs, travailleurs au CPAS ou encore animateurs dans des maisons de jeunes. Nous sommes une génération qui, très tôt, se trouve en première ligne.

Ce que nous voyons n’a rien d’anecdotique. Nous voyons des jeunes qui arrivent au CPAS en pleurant parce qu’ils doivent choisir entre payer leur kot ou manger.

Nous voyons des familles qui s’effondrent sous la pression administrative, des étudiants qui cumulent les boulots précaires pour tenir, des mineurs isolés qui n’ont aucun repère ou des jeunes adultes qui n’ont plus la force de tenir bon.

Nous voyons des éducateurs débordés, des assistants sociaux épuisés et des services très souvent saturés. Ce à quoi nous assistons, c’est une dégradation des vies dans l’indifférence générale de notre société. Il ne s’agit ni d’un problème individuel ni d’une question de prendre soin de soi mais c’est le symptôme d’un système qui laisse les jeunes porter des charges qu’ils n’ont jamais choisies.

La santé mentale est politique parce qu’elle révèle ce que les discours cachent : la société produit de la détresse.

Elle produit de l’angoisse quand les études deviennent un parcours du combattant. Elle produit de la fatigue quand le logement est hors de prix. Elle produit de l’insécurité quand les emplois sont précaires. Elle produit de la solitude quand les services publics manquent de moyens.

Mais surtout elle produit du découragement quand les institutions ne voient plus les jeunes comme des sujets mais comme des numéros.

Pendant que nous nous effondrons, on nous dit de respirer, de méditer ou encore de faire du sport. On nous demande d’être résilient dans un système qui ne l’est pas.

Personne assise près d’une fenêtre, les genoux repliés

Notre génération refuse cette hypocrisie qui réduit la santé mentale à des conseils de bien-être. Nous refusons de faire porter aux jeunes la responsabilité d’un malaise qu’ils n’ont pas crée et nous refusons surtout de laisser croire que tout cela serait normal.

La détresse que nous voyons sur le terrain n’est pas un accident mais une conséquence. Une conséquence de politiques qui fragilisent au lieu de protéger, de choix qui privilégient l’austérité plutôt que l’accompagnement et surtout une conséquence d’un modèle qui isole, précarise et culpabilise.

La santé mentale des jeunes n’est pas qu’un simple sujet sociétal. C’est un baromètre de justice sociale car quand une génération entière dit qu’elle n’en peut plus, ce n’est pas elle qu’il faut réparer mais le système tout entier.

Nous portons une conviction simple : la santé mentale n’est pas un luxe mais un droit fondamental. Et ce droit ne sera garanti que le jour où la société cessera de demander aux jeunes de s’adapter à la violence qu’elle leur impose.

Notre génération ne demande pas de conseils, elle demande un changement de cap, une société qui protège au lieu d’épuiser, une politique qui écoute au lieu de minimiser.

Mais ce que nous demandons en priorité, ce que l’on regarde enfin ce que nous voyons chaque jour dans les CPAS, les MJ, les écoles et les services sociaux : des jeunes qui tiennent debout mais qui ne devraient pas avoir à tenir seuls.