Si je vous la fais brève : c’était super. Si je vous la fais un peu moins brève : on voulait entamer un dialogue avec les jeunes d’une part, montrer le travail du terrain de nos organisations membres d’autre part, c’est chose faite. Si vous voulez la version longue, n’hésitez pas à parcourir l’article ci-après.

Avant toute chose, nous remercions Ahmed Laaouej, ministre du Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, dont nous avons écouté les mots soucieux et impliqués au début de la soirée.

« Tout s’est arrangé » (ou pas).

Au centre de la soirée, il y avait Tout s’est arrangé (ou pas), le documentaire de Pierre Schonbrodt, produit par le Centre d’Action Laïque en partenariat avec la FAPEO, en collaboration avec les jeunes Elena, Coco et Saï.

Le titre porte son propos (un peu comme celui de notre événement, pas de publicité mensongère ici). Quelques années après la crise sanitaire et les confinements qui avaient brutalement mis la santé mentale des jeunes sur le devant de la scène, qu’est-il resté de cette attention ? Les choses se sont-elles vraiment améliorées ?

Sans surprise, pas vraiment. Au-delà des chiffres vertigineux, les témoignages se succèdent à l'écran, bruts et sensibles. On parle de souffrance, d’isolement, de soins qui plombent parfois plus qu’ils n’élèvent, de ce qui a été perdu, mais aussi de ce qui a permis d’avancer.

Ces parcours intimes résonnent collectivement. Dans la salle, lorsque les lumières se sont rallumées, l’émotion était palpable. Il faut dire qu’on n’a pas l’habitude de regarder cette réalité en face, et qu’elle implique forcément d’interroger nos propres responsabilités.

Des paroles sans détour

Paranomasque et Pincée de Coco ont ensuite pris le relais avec des slams puissants, engagés et remplis de punchlines qui ont résonné longtemps après leur passage sur scène.

Personne au micro sur scène pendant la soirée

Leurs prises de paroles, ainsi que les mots prononcés par le reste du collectif, ont appuyé ce que tou·te·s ces jeunes disaient déjà dans le reportage. Iels savent ce qu’iels attendent des adultes, n’hésitent pas quand vient le moment de dénoncer l’institution psychiatrique et ne rougissent pas de leur recours à cette dernière.

Des sujets durs comme la dépression et la scarification sont habituellement tabous, volontairement passés sous silence par une société qui est bien contente de ne pas devoir trop s’y attarder, au prétexte que les jeunes exagèrent, n’ont pas vécu assez pour être malheureux·ses.

C’est faux bien sûr, mais ça va mieux en le disant. L’adultisme, biais par lequel les adultes considèrent leur point de vue, leurs besoins et leur autorité comme supérieurs par défaut à ceux des mineur·es, n’est que trop rarement interrogé dans notre société, parfois même au sein des organisations de jeunesse.

Le message du collectif est clair : si les adultes n’écoutent pas, les jeunes trouveront toujours des moyens pour se faire entendre, et iels ne macheront pas leurs mots ni ne lisseront leur colère.

Notre rôle est clair : les accompagner, non pas pour leur ouvrir la voie puisqu’iels tracent leur propre chemin, mais pour pousser leur voix.

Notons que Paronomasque était accompagnée par Quentin Dujardin à la guitare, et qu’ils cherchent actuellement à se produire au théâtre. Faites jouer vos relations, c’est un spectacle essentiel !

Jusqu’à hier, on se demandait avec cynisme s’il était possible de se soucier de la santé mentale des jeunes tout en supprimant aux OJ leurs subsides. Désormais, on s’interroge également sur l’ensemble des coupes budgétaires dans le milieu de la culture.

Le slam dénonce et répare par le langage, mais ne permet-il pas, aussi et surtout, comme toutes les autres formes artistiques, d'offrir des respirations pour empêcher de chuter dès le départ ?

Le dessin avait d’ailleurs une place de choix dans l’événement, puisque nous avons eu le plaisir de (re)découvrir l’exposition du CIDJ autour du consentement, composée d’œuvres de jeunes artistes entre douze et vingt-cinq ans.

Peu d’années sur terre, mais suffisamment pour nous émouvoir et nous alerter. À nouveau, les jeunes vivent énormément de choses et ont mille manières de les exprimer, lorsqu’iels ont la place pour le faire.

Et après ?

La soirée s’est poursuivie autour d’un walking dinner et d’un verre, avec cette particularité des événements réussis (en toute objectivité) : les discussions n’ont pas pris fin lorsque le programme officiel s’est terminé.

Dans la salle, jeunes, travailleur·euses du secteur jeunesse, représentant·es associatif·ves et politiques ont continué à échanger, parfois à partir du film, parfois à partir de leur propre expérience ou de leur travail.

Force nous est d'admettre que tout ne s'est pas arrangé ce soir. Il est vrai que les perspectives d'avenir ne sont pas réjouissantes. Indéniablement, il était impossible d'amener des réponses définitives en quelques heures.
Participants échangent dans la salle de la soirée

En outre, à l’impossible nul n’est tenu et les conditions du secteur sont de plus en plus précaires.

Nous espérons tout de même que le message est passé : se battre aux côtés des jeunes, nous le faisons déjà et nous continuerons. Les organisations membres de ProJeuneS ne lâcheront pas l’affaire.