La ministre de la Jeunesse, Valérie Lescrenier, en a fait l’un des axes de son Plan Jeunesse. Notre joie aurait pu être sans réserve : les chiffres exigent que l’enjeu soit national.

Entre 2008 et 2024, la proportion de jeunes de 15 à 24 ans souffrant de troubles anxieux est passée de 3,5 % à 16 %. Aujourd’hui, 23,1 % des 15-24 ans présentent un trouble anxieux et/ou dépressif, contre 17,8 % dans l’ensemble de la population.

Les jeunes constituent également la tranche d’âge la plus touchée par les idées suicidaires. Le Délégué général aux droits de l’enfant arrive au même constat : 37 % des 12-18 ans déclarent rencontrer des difficultés psychologiques et un tiers des élèves présentent un risque de dépression ou un faible bien-être.

Que la politique s’empare de la question est une évidence aussi bien qu’une urgence. Cependant, comme l’a dit Dalida à Alain Delon il y a déjà plus d’un demi-siècle :

« encore des mots, toujours des mots, des mots magiques, des mots tactiques »

Elle sonne bien faux, cette priorité gouvernementale, face aux actes posés par nos ministres.

Le secteur de la jeunesse fait face à des restrictions budgétaires qui fragilisent directement les associations et les projets qu’elles portent. Or, peut-on espérer améliorer la santé mentale des jeunes tout en affaiblissant celles et ceux qui, chaque jour, contribuent à leur bien-être depuis des dizaines d’années ?

La santé mentale ne se résume pas aux soins

Solidaris estime que près de 70 % des déterminants de la santé mentale sont non médicaux. Le logement, les revenus, l’environnement scolaire, l’isolement social, les discriminations, les réseaux sociaux ou encore les crises climatiques et géopolitiques ont une influence sur notre santé mentale.

Autrement dit, la réponse au mal-être des jeunes ne peut pas reposer uniquement sur leur capacité individuelle à « prendre soin d’elles et eux ». Une séance de méditation ne fait pas baisser un loyer, ne met pas fin au harcèlement et ne garantit pas un revenu suffisant.

Silhouette humaine composée de mots sur un fond orange

Améliorer la santé mentale des jeunes suppose d’améliorer leurs conditions de vie et de garantir un accès aux soins.

En Belgique, ce n’est pas le cas : selon le baromètre Solidaris 2025, 47 % des étudiant·es ont renoncé à au moins un soin pour des raisons financières. Pour les soins psychologiques ou psychiatriques, cette proportion atteint 26 %.

Les OJ agissent déjà

Les OJ, comme les MJ, ne sont pas des services de santé mentale et n’ont pas vocation à le devenir. Cela ne les empêche pas d’être des lieux de rencontre, de lutte contre la précarité ou l’isolement social. Cela ne les empêche pas de former à un regard critique sur les réseaux sociaux, ni d’agir contre le réchauffement climatique, ni de créer des bulles d’oxygène face à des environnements scolaires ou familiaux difficiles, ni même d’accompagner les jeunes sur les bancs de l’école dans certains cas.

Cette année scolaire, ProJeuneS s’aligne sur madame Lescrenier : chez nos OJ aussi, la santé mentale des jeunes est une priorité, depuis toujours. La brochure que nous consacrons cette année aux initiatives de nos membres en témoigne : podcasts donnant la parole aux jeunes, espaces d’écoute, ateliers en pédopsychiatrie, prévention du harcèlement, lutte contre le sexisme et les discriminations, activités favorisant la cohésion, accès aux droits, formations des professionnel·les…

« Nos OJ créent des espaces où les jeunes peuvent se rencontrer, s’exprimer, expérimenter, créer, débattre, s’engager et construire des relations. Elles agissent sur le lien social, l’émancipation, l’autonomie et le pouvoir d’agir. Elles contribuent, à leur échelle et sans se substituer aux professionnel·les du soin, à créer des environnements favorables à la santé mentale. »

Ce ProJ a à cœur de démontrer qu’il faut certes investir dans les soins, mais aussi dans l’école, la culture, la lutte contre les discriminations, la sécurité sociale, les services publics et dans un secteur jeunesse suffisamment financé pour continuer à créer du lien, de l’émancipation et du pouvoir d’agir.

Une priorité sans moyens, c’est au mieux un slogan. Il est temps de se demander dans quel monde nous demandons à nos jeunes d’aller bien, et quels moyens nous nous donnons collectivement pour le changer.

En bref, nous, les mots tendres du gouvernement (même enrobés de douceur) ne se poseront jamais sur notre cœur et les belles paroles, on les veut développées en mesures concrètes, pas semées au vent.